







Prévention primaire psychique, et comme le dit Boris Cyrulnik, c’est possible !
Mais ce retard ne relève pas d’une négligence individuelle, mais d’un déficit culturel collectif. La santé mentale ne relève pas uniquement du domaine médical : elle nous concerne tous. Il s'agit d'un enjeu collectif, social et éducatif autant que scientifique.
Soulignons les limites du modèle médical actuel : La médecine contemporaine s’appuie majoritairement sur une vision biologisante et déterministe du développement humain
La dimension psychique est reléguée au second plan, sauf lorsqu’elle devient pathologique. Notre société valorise le visible, le mesurable, le biologique, au détriment du ressenti, de l’émotion et de la subjectivité. Nous attendons la crise pour agir. Et pourtant il s’agit bien de santé mentale
La santé mentale résulte d’interactions complexes entre facteurs biologiques, émotionnels, relationnels et environnementaux. L’épigénétique démontre aujourd’hui que l’environnement modifie l’expression génétique, renforçant la nécessité d’une prévention précoce.
Les soignants nous parlent beaucoup de prévention, mais il ne s’agit pas de la même prévention ils la lient en général à la détection précoce. C’est bien il faut le plus tôt possible détecter les maladies du cerveau. Mais comment les éviter, car ce sont de maladies qui peuvent induire beaucoup de troubles handicapants et chroniques ?
Tous les rapports scientifiques réclament une approche préventive primaire de la santé mentale et les experts s’accordent sur un point : la majorité des troubles psychiques émergents dès la périnatalité et pendant l’enfance. Une véritable politique de santé mentale ne peut donc exister sans stratégie de prévention primaire, visant à promouvoir la compréhension des mécanismes psychologiques dès le plus jeune âge.
Les politiques de santé publique encouragent la prévention des maladies physiques (cancer, diabète, cœur), Il devient donc incohérent de continuer à ignorer la prévention en santé mentale alors que nous la valorisons dans tous les autres domaines de la santé.
Prévenir c’est éviter la chronicité, réduire la souffrance, protéger les générations futures, nos descendances. (Finalement diminuer à terme l’enveloppe financière de la CNAM la santé mentale étant son poste de dépenses le plus important.
Alors que les troubles psychiques représentent le premier poste de dépenses pour l’assurance maladie, et que nous savons que ces troubles et maladies ont leurs origines à l’enfance le financement de la pédopsychiatrie demeure marginal, et dépend pour beaucoup de redistributions sur les budgets de la psychiatrie de l’adulte
Les rapports publics (Cour des Comptes, Irdes, Cnam, Académie de médecine, Fondation Fondamental) ne détaillent pas les dépenses spécifiques à la santé mentale de l'enfant. Pourtant, les troubles chroniques dans ce domaine représentent un coût majeur pour la collectivité— environ 168 milliards d'euros — bien supérieur à celui des maladies cardiovasculaires ou du cancer.
Le rapport de la Caisse des Dépôts (2023, p.7) évoque à peine 1,8 milliard d'euros pour la pédopsychiatrie. Ce déséquilibre financier interroge : comment justifier qu'un secteur si essentiel dépende encore des moyens et des méthodes de la psychiatrie adulte ? Un financement inéquitable.
La prévention primaire profane désigne l’ensemble des actions préventives réalisée par des non-professionnels : essentiellement les parents ou des très proches. Elle vise à éviter l’apparition troubles psychiques.
Alors que l’on investit massivement dans les traitements médicamenteux ou les recherches neurobiologiques post-symptômes, très peu de moyens sont dédiés à la prévention affective et sensorielle du développement.
Les troubles sont détectés quand ils deviennent visibles, ou dénoncés dans des échanges par la parole — souvent à l’adolescence — mais le parcours psychique pathogène s’est joué bien avant, dans les toutes premières expériences de vie.
Cela explique l’errance psychique et psychiatrique” que connaissent de nombreux jeunes, dont la souffrance initiale n’a pas été reconnue.
La sociologue Hilary Graham a montré combien une grande partie du travail familial est un travail de santé. Mais aujourd'hui, ce travail doit évoluer. Il devient essentiel d'aider les parents à comprendre les bases du fonctionnement psychique, à adopter une approche systémique, sensorielle et environnementale vis-à-vis de leurs enfants. Nous devons expliquer aux parents qu’ils doivent se sensibiliser un minimum pour aborder les fonctionnements psychiques. Très peu de familles prennent soin de leur propre développement psychique, difficile pour elles, de comprendre celui de leurs enfants ou de leurs proches.
Une asymétrie entre prévention physique et prévention psychique.
En santé physique, nous disposons d’une véritable culture de la prévention : nous soignons une brûlure, nous immobilisons une entorse, nous consultons un médecin dès un symptôme persistant. Après si besoin nous consultons un spécialiste
En santé psychique, cette prévention n’existe pas. Les « petites blessures psychiques » ne sont ni reconnues ni prises en charge. Voir l’étude Santé publique France ENABEE
Pas de pédiatre traitant obligatoire. Le risque psychique commence donc dès la naissance car 70% des bébés sont suivis par des généralistes qui n’ont pas la formation adaptée. Alors que bien sûr il ne faut pas séparer les soins primaires physiques et ceux de la santé mentale . Plus tard, si des troubles persistent et ne peuvent être apaisés par des méthodes éducatives classiques – y compris celles basées sur la répression ou l’humiliation –, l’enfant, puis l’adulte, seront poussés à consulter des spécialistes. Ces professionnels, souvent formés à une approche standardisée des troubles, utilisent un langage spécifique, parfois difficile à comprendre, et les lieux d’accueil peuvent paraître eux aussi frustrants, voire traumatisants.

L’environnement affectif comme terreau du développement cérébral.
Continuum de souffrances La souffrance psychique chez l’enfant et chez l’adolescent reste fréquemment dissimulée. Les troubles graves tels que les décompensations psychiatriques, les tentatives de suicide, les troubles alimentaires ou obsessionnels, ou encore des troubles plus légers, ne surviennent pas sans raison ni brutalement. Ils représentent l’aboutissement de longues années de douleurs silencieuses, souvent cachées à l’entourage
C’est le rôle de la famille et de la prévention primaire : (définition OMS) :-La Prévention Primaire vise à promouvoir la compréhension des mécanismes nécessaires au développement de la Santé psychologique et physique des individus afin qu’ils disposent des moyens pour faire face aux exigences et aux stress de la vie quotidienne. Ensemble de mesures visant à éviter la survenue des maladies, des accidents et des handicaps. La prévention primaire profane de proximité, ce sont les gestes et attitudes éducatives et affectives du quotidien, éviter les environnements insécurisants qui pourraient laisser des traces durables, parfois invisibles, susceptibles de se manifester plus tard sous forme de troubles psychiques. La vulnérabilité face à l’environnement peut varier considérablement au sein d’une même fratrie. Un événement qui passe inaperçu pour la plupart peut constituer un traumatisme pour un enfant plus fragile. Certains, particulièrement sensibles, ressentent de manière amplifiée les traumatismes précoces, les carences affectives ou les environnements insécurisants, ce qui peut laisser des traces durables, parfois invisibles, susceptibles de se manifester plus tard sous forme de troubles psychiques.
L’objectif est de repérer les signaux faibles (retraits, troubles du sommeil, langage de façade, troubles de l’attachement) avant qu’ils n’évoluent vers des pathologies lourdes.